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«Pourquoi tous ces signes parmi nous qui finissent par me faire douter du langage et qui me submergent de signification en noyant le réel au lieu de le dégager de l’imaginaire?»

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" Kekulé dreams the Great Serpent holding its own tail in its mouth, the dreaming Serpent which surrounds the World. But the meanness, the cynicism with which this dream is to be used. The Serpent that announces, "The World is a closed thing, cyclical, resonant, eternally-returning," is to be delivered into a system whose only aim is to violate the Cycle. Taking and not giving back, demanding that “productivity” and “earnings” keep on increasing with time, the System removing from the rest of the World these vast quantities of energy to keep its own tiny desperate fraction showing a profit: and not only most of humanity—-most of the World, animal, vegetable and mineral, is laid waste in the process. The System may or may not understand that it’s only buying time. And that time is an artificial resource to begin with, of no value to anyone or anything but the System, which sooner or later must crash to its death, when its addiction to energy has become more than the rest of the World can supply, dragging with it innocent souls all along the chain of life. Living inside the System is like riding across the country in a bus driven by a maniac bent on suicide ….”

Thomas Pynchon, Gravity’s Rainbow

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Toute la particularité des travaux du sociologue et philosophe allemand Georg Simmel (1858-1918) est la place centrale qu’y occupe l’étude de la vie quotidienne. De l’anse d’une tasse, au regard, en passant par l’air réservé des habitants des grandes villes, l’oeuvre de Simmel est éclairante et garde son actualité de par son exploration de «la vie réelle des êtres en interaction et association - vie qui, disons, s’accomplit au cas par cas». Il laisse derrière les grandes institutions et groupes sociaux qui occupent les sociologues traditionnels pour se concentrer sur les phénomènes qu’on pourrait croire anodin qui marquent et structurent la vie particulière des individus contemporains.

Son essai «Sociologie des sens» de 1907 est une analyse de l’impact de nos sens tels que l’ouïe, l’odorat et la vue sur nos actions et réactions en société.

Extraits:

«Des hommes et des femmes, s’observant les uns les autres, et se jalousant les uns les autres ; s’écrivant des lettres, ou déjeunant ensemble ; entrant en sympathie, ou éprouvant une antipathie mutuelle, par-delà tout intérêt véritable ; l’un demandant à l’autre la bonne direction ; d’autres s’habillant ou se parant pour les autres - les milliers de rapports interpersonnels, momentanés ou permanents, conscients ou inconscients, sans conséquences ou lourds de conséquences, parmi lesquels ces exemples sont choisis tout à fait au hasard nous lient tous ensemble continuellement»

«Le fait que nous soyons absolument tissés d’interactions est dû tout d’abord à ce que nous réagissons au niveau sensoriel les uns par rapport aux autres.»

«Et il en va bien même de toutes les impressions sensorielles; elles mènent au sujet, comme à l’état d’âme et au sentiment de ce dernier, et reconduisent à l’objet, comme à sa connaissance.»

«On ne peut pas prendre par l’oeil sans donner en même temps. L’oeil dévoile à l’autre l’âme qui cherchait à le dévoiler.»

«Mon regard, en croisant celui de l’autre, ne me sert pas seulement à le connaître, mais lui sert aussi à me connaître.»

«Or, le visage est le lieu géométrique de tous ces savoirs, il est le symbole de tous ces éléments constitutifs donnés par l’individu à son existence ; en lui est déposé ce qui, de son passé, est descendu au tréfonds de son âme et qui a laissé en lui des traces ineffaçables.»

«Dans une certaine mesure, fluctuante il est vrai, nous savons, dès le premier coup d’oeil jeté sur quelqu’un, à qui nous avons affaire.»

«Ce que nous entendons lorsque autrui nous parle, ce sont des instantanés dans leur succession, c’est le flot de son être.»image

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L’existence est si peu à la mesure des hommes que celui qui se veut conscient est soumis à un profond questionnement sur le bien-fondé de sa propre vie. L’irrémédiable volonté qu’il a de s’émanciper pour considérer les choses autrement n’est au fond qu’une dynamique où la même conclusion émerge sans cesse : on ne comprend pas.

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Les phrases d’ouverture de romans sont souvent les plus travaillées par les auteurs. L’ouverture, révélatrice de l’esprit général de l’oeuvre et objet de référence récurrent, occupe dès lors une position centrale dans l’exercice littéraire. Quelques unes de mes favorites:

- Gaspard ! le souper est prêt!

Une voix aiguë et bien connue tira brusquement Almayer de son rêve magnifique, et le rappela à la réalité désagréable et présente. La voix, elle aussi, était désagréable. Il l’avait entendue durant bien des années, et elle lui déplaisait chaque année davantage. N’importe; tout cela allait bientôt finir.

- Joseph Conrad, La Folie-Almayer

Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.

- Albert Camus, L’Étranger

Puis-je, monsieur, vous proposer mes services, sans risquer d’être importun ? Je crains que vous ne sachiez vous faire entendre de l’estimable gorille qui préside aux destinées de cet établissement.

- Albert Camus, La Chute

Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien.

- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

La Furie de la guerre avait déjà ravagé la moitié de l’Europe ; mais jeune et jolie encore elle cherchait à présent comment bondir sur l’Amérique, cependant qu’au buffet de la gare d’Helsingfors, deux hommes, jetant autour d’eux des regards circonspects, parlaient politique.

- Bertolt Brecht, Dialogue d’exilés (pas un roman, m’en crisse)

Je suis un homme malade… je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant.

- Fédor Dostoievski, Le sous-sol

Dans notre ville, où il ne s’était rien passé de mémorable jusqu’à présent, des évènements étranges se sont déroulés il y a peu de temps.

- Fédor Dostoievski, Les possédés (Démons)

Stately, plump Buck Mulligan came from the stairhead, bearing a bowl of lather on which a mirror and a razor blade lay crossed.

- James Joyce, Ulysses

On avait sûrement calomnié Joseph K., car sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin.

- Franz Kafka, Le Procès

Sur le coup de minuit, elle se réveilla comme à son habitude à cette heure de la nuit, sans le secours d’un réveil quelconque, mais poussée par un besoin tenace qui s’obstinait à lui faire ouvrir les yeux avec une ponctualité sans faille.

- Naguib Mahfouz, Impasse des deux palais

C’était une journée d’avril froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures.

- George Orwell, 1984

One summer afternoon Mrs Oedipa Maas came home from a Tupperware party whose hostess had put perhaps too much kirsch in the fondue to find that she, Oedipa, had been named executor, or she supposed executrix, of the extate of one Pierce Inverarity, a California real estate mogul who had once lost two illion dollars in his sparte time but still had assets numerous and tangled enough to make the job of sorting it all out more than honorary.

- Thomas Pynchon, The Crying of Lot 49

A screaming comes across the sky.

- Thomas Pynchon, Gravity’s Rainbow

C’était vers 1907. Le petit et rond Jules, étranger à Paris, avait demandé au grand et mince Jim, qu’il connaissait à peine, de le faire entrer au bal des Quat-z’Arts, et Jim lui avait procuré une carte et l’avait emmené chez le costumier.

- Henri-Pierre Roché, Jules et Jim

Si vous voulez vraiment que je vous dise, alors sûrement la première chose que vous allez demander c’est où je suis né, et à quoi ça a ressemblé, ma saloperie d’enfance, et ce que faisaient mes parents avant de m’avoir, et  toutes ces conneries à la David Copperfield, mais j’ai pas envie de raconter ça et tout.

- J.D. Salinger, L’attrape-coeurs

Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandres avaient un successeur.

- Stendhal, La chartreuse de Parme

Un petit garçon de 9 ans quitte sa mère pour aller au lycée.

- Tcheckov, La steppe

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«Les forêts russes craquent sous les coups de hache, des milliards d’arbres périssent, les repaires des bêtes sauvages, les nids des oiseaux sont dévastés, les cours d’eau s’ensablent et se dessèchent, des paysages merveilleux disparaissent sans retour, et tout ça parce que les hommes sont trop paresseux pour se baisser et ramasser au sol du combustible. (À Éléna Andréievna) N’est-ce pas la vérité, madame? Il faut être un barbare insensé pour brûler dans son poêle toute cette beauté, pour détruire ce que nous ne pouvons pas créer. L’homme est doué de raison et de force créatrice pour accroître ce qu’il a reçu, mais jusqu’à présent il ne crée pas, il détruit. Il y a de moins en moins de forêts, les fleuves se dessèchent, le gibier disparaît, le climat se gâte, et chaque jour la terre s’appauvrit et s’enlaidit. (À Voïnitski) Voilà que tu me regardes avec ironie, et tout ce que je dis te paraît futile et… et peut-être qu’en effet ce sont les propos d’un toqué, mais quand je passe devant les forêts des communes paysannes que j’ai sauvées du déboisement, ou quand j’entends frémir la jeune forêt que j’ai plantée de mes mains, je prends conscience que je peux agir un peu sur le climat lui-même, et que si dans mille ans l’homme est heureux, ce sera un peu mon ouvrage aussi. Lorsque je plante un bouleau et qu’ensuite je le vois verdoyer et se balancer dans la brise, mon âme se remplit de fierté et je… (apercevant le valet qui lui apporte sur un plateau un verre de vodka.) Cependant… (il boit) il est temps que je m’en aille. Tout ça en fin de compte n’est sans doute que le discours d’un toqué. J’ai l’honneur de vous saluer! (Il se dirige vers la maison.

- Anton Tchekhov, Oncle Vania (1897)

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Une discussion tranquille de fin de soirée s’est métamorphosée en débat quand mon ami a avancé l’idée selon laquelle il était impressionnant qu’une personne telle que Barack Obama, 44e président des États-Unis, puisse s’affirmer en son nom personnel devant le monde entier lors de ses grands discours qui, il me faut l’avouer, témoignent d’une maîtrise quasi-inégalée des outils de communication. Mon objection fut toutefois la suivante : dans de telles situations, Barack Obama ne s’affirme pas personnellement en tant que simple individu, mais plutôt dans le rôle qui lui a été attribué par d’autres, celui de Président des États-Unis d’Amérique (ou de candidat à la présidence). Mon constat se base sur quelques observations, notamment le fait qu’un politicien de la trempe de Barack Obama voit ses interactions devant public être scrupuleusement préparées, peaufinées, étudiées avant d’avoir lieu. De plus, le président (ou candidat à la présidence) ne représente pas que sa personne et ses idées, il est la représentation consciente de son parti ou de son gouvernement dont il a en quelque sorte la charge de messager. Dans la mesure où rien n’est laissé au hasard, tant en ce qui a trait au message verbal que non verbal, lors des discours de l’homme, peut on considérer que celui agit de manière authentique, sans jouer de rôle?

Le sociologue Ervin Goffman a consacré la plus grande partie de ses travaux au thème de la communication. La thèse principale son étude la plus connue, La mise en scène de la vie quotidienne, est la suivante : les interactions face-à-face, même quotidienne, relèvent d’une performance théâtrale dans laquelle les individus tentent de contrôler l’impression que les autres ont d’eux. La grande diversité des situations qui ont lieu en société pousse l’individu à adopter un rôle différent dans chacune d’elle, ou plutôt à adapter son rôle à chacun des «décors» qu’il lui arrive de fréquenter. Lorsque l’individu se trouve à l’«avant-scène», donc devant public, il doit suivre certaines normes qui sont celles de son identité/rôle social, de manière à ne pas embarrasser les autres, ou ne pas s’embarrasser lui-même face aux autres. À l’«arrière-scène» - en privé ou dans des endroits cachés – l’individu a alors la possibilité de se défaire de son identité sociale pour être réellement lui-même.

Dans le cas qui nous occupe, le président américain se veut clairement à l’avant-scène, étant l’un des personnages les plus publiques de notre planète. Son rôle social, par sa position de «leader du monde libre» - ou toute autre définition du genre – d’une importance capitale puisqu’étant le pilier du monde politique occidental, nécessite une prise en charge presque totale par l’individu. On serait porté à croire que Barack Obama et le rôle de président des États-Unis d’Amérique ne se distinguent pas. Dans une certaine mesure, l’homme est pris dans un carcan, dans des comportements sociaux desquels il ne peut diverger puisqu’ils sont ceux de l’identité sociale qui lui est attribuée. Or, que l’individu se fonde dans un rôle ne fait pas du rôle la définition de l’individu. Si l’on en croit Goffman, chaque prise de parole publique de Barack Obama est en grande partie un travail de persuasion vis-à-vis de la population. De par son «jeu», le président doit convaincre son auditoire du rôle qu’il joue et ce, même s’il garde son propre nom, pour que la rétroaction des gens le confirme dans ce même rôle. Goffman écrit :

[O]n notera qu’une façade sociale donnée tend à s’institutionnaliser en fonction des attentes stéréotypées et abstraites qu’elle détermine et à prendre une signification et une stabilité indépendantes des tâches spécifiques qui se trouvent être accomplies sous son couvert, à un moment donné. La façade devient une «représentation collective» et un fait objectif.

En d’autres termes, la manière de jouer et le décor qui est liée intrinsèquement au rôle social de l’individu tend à s’édifier dans le béton quand les attentes que les autres ont pour le statut social en question sont comblées. C’est ainsi que le rôle prend une signification officielle qui se détache du travail que, par exemple, le président doit accomplir. Sans être conscients des tâches qu’accomplit concrètement le président, tous confirment le statut social du président par leur rétroaction qui le confirme dans son rôle. Autrement dit, c’est parce que la majorité approuve le «jeu» de l’individu que celui-ci obtient de la légitimité dans son rôle social. Le fait est que Barack Obama doit constamment se présenter d’une certaine façon, en apparence et en manière, pour répondre aux attentes qui sont liées à son rôle.

Ceci dit, cela ne répond qu’à une partie de l’interrogation qui m’occupe. Dans une certaine mesure, même en admettant qu’Obama joue un rôle social défini lors de ses interactions avec le public, on pourrait tout de même concevoir qu’il est lui-même et parle en son nom, bien qu’il adapte sa «façade» à l’identité qu’on lui connait. Cependant, c’est tout la réalité électorale et gouvernementale sous-jacente au message du président qui m’empêche de concevoir qu’il s’affirme personnellement. Les élocutions devant audience étant préparées, répétées, révisées par une équipe afin de faire passer un message précis, celui-ci empreint de sous-entendus, modelé par l’utilisation de certains mots plutôt que d’autres, jouant de manière très fine sur la connotation, l’intonation et le non-verbal, comment peut-on concevoir l’authenticité du personnage qui se présente sous les yeux des caméras? Dans cet ordre d’idée, Barack Obama se veut un acteur, à mon avis, malgré qu’il conserve son identité propre, son nom, son apparence. Le jeu d’acteur en question se veut justement le jeu à l’intérieur de cette identité.

à peut-être suivre…

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La caravelle en déroute au petit matin
Ouvrière abimée, j’en peux compter les maux
Sachez que l’aiguille qui transperce la peau
Est commune à celle qui tisse le satin

Ils oeuvrent sans souci, tous ces corps affairés
Bâtissant une épave du mieux qu’ils le peuvent
Tous seront enlisés, sombreront dans le fleuve
Travail d’arrache-pied fait des coeurs oubliés

Il arrive au génie de tomber sous l’emprise
D’une petite fée, éperdue sans son glaive
Elle lui fera la guerre en toute franchise
Pris à son propre jeu, il mourra de la trève

Lorsque l’on succombe à une amante du doute
Nul ne doit s’affoler comme le fait le lièvre
Car bientôt de sa chair on cassera la croute

Comme elles sont infâmes, les lettres parfumées
Quand leur sordide auteur nous a rendu bien mièvre
Le corps est consommé, la tête est consumée

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Les écoliers luttent contre un Morphée livide
Maîtresse et tableaux noirs sont écrans de fumée
Rien en ce blanc cachot ne pare le putride
- Qu’adviendra-t-il de nous, quand s’abattront nuées
De l’Absurde assassin, puis des douleurs du vide?

Qu’il est divin l’espoir dans sa putréfaction
Tous sont immunisés, croirait-on, de la peste
Mais le sort aveugle ne fait de distinction
Soit justicier abject, soit voyou indigeste
Les bubons n’ont que faire des réputations

Quand vos précieux abcès vous rendront votre grâce
La ruelle, ce havre, vous sera amnistie
Devant la carcasse, les bons marmots, eux, passent
Leur brève existence les laissant affranchis
Partagez la peine sans qu’on s’en embarrasse

La vie en ce monde reste un geste coupable
Rêvez d’absolution et profitez des chaînes.
Propageant tous les maux en virus charitable
L’humanité détruit, ralentir est l’Obscène
Pouvoir m’être bourreau rend le tout supportable